Nissan stoppe le Qashqai électrique : est-ce un vrai suicide ?

Nissan suspend le développement du Qashqai électrique. Analyse des conséquences pour le constructeur et le marché belge : crise financière, restructuration, risque pour les ventes.

Temps de lecture : 4 min

À retenir de cet article

  • Qashqai électrique suspendu : Nissan gèle le développement de son crossover le plus vendu en version zéro émission, repoussé à 2030 au mieux.
  • Usine de Sunderland menacée : 1,3 milliard d’euros d’investissements annulés. L’usine pourrait être louée en partie au chinois Chery.
  • Crise profonde chez Nissan : gamme réduite de 56 à 45 modèles, vente d’usines, plan Re:Nissan lancé — et des Chinois qui se servent en Europe.

Le Qashqai, c’est la vache à lait de Nissan depuis vingt ans

Dans le métier, on dit que le Qashqai a tout inventé. Le premier crossover moderne en Europe, c’est lui. Je l’ai vu arriver dans les showrooms en 2007, personne n’y croyait vraiment et puis les clients se sont mis à adorer. Chez nous à Anderlecht, on en a vendu des dizaines — des familles de Woluwe, des jeunes de Molenbeek, des retraités de Dilbeek. Tout le monde aimait ce mélange de SUV et de berline. Aujourd’hui, le Qashqai représente une énorme partie des ventes de Nissan en Belgique.

Et voilà que Reuters nous apprend que Nissan gèle le développement de la version électrique. Pas de Qashqai 100% électrique avant 2030, au grand minimum. Pour un garage comme le mien, c’est un signal très inquiétant.

Pourquoi Nissan suspend le programme ? La crise financière

Ce n’est pas ce que vous pensez. Ce n’est pas que Nissan ne veut pas du Qashqai électrique — c’est qu’il ne peut pas se le permettre. Le constructeur est en pleine tempête financière. Le PDG Ivan Espinosa a lancé un plan d’urgence appelé Re:Nissan. Ce plan prévoyait une réduction de la gamme mondiale de 56 à 45 modèles. Et ça passe forcément par la suppression de projets coûteux.

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Sur le terrain, c’est différent : les ventes baissent, les marges fondent, l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ne joue plus son rôle. Alors le Qashqai électrique, qui aurait nécessité 1,3 milliard d’euros d’investissements rien que pour l’usine de Sunderland, repart dans les cartons.

Sunderland bradée aux Chinois ?

Vous voulez un chiffre parlant ? Nissan a vendu l’usine sud-africaine à Chery. L’usine de Barcelone a été reprise par Ebro et Chery aussi. Et celle de Sunderland ? Selon les informations qui circulent, elle pourrait être louée en partie à Chery pour absorber les capacités de production inutilisées. Des capacités excédentaires, comme on dit dans le secteur.

Je l’ai vu des dizaines de fois : un constructeur qui commence à couper dans ses usines, c’est le début de la fin pour ses modèles européens. Produire chez soi devient trop cher, on loue la place aux concurrents chinois qui, eux, n’ont pas de problème de trésorerie. Et les Chinois, croyez-moi, ils ne viennent pas pour faire de la philanthropie.

Que va-t-il rester dans la gamme électrique de Nissan ?

Lisez bien les petits caractères : Nissan va concentrer ses efforts électriques sur les modèles déjà lancés ou annoncés. Pour la Belgique, la gamme électrique Nissan comprendra :

  • Micra électrique : une Renault 5 maquillée — enfin, une base solide, mais pas vraiment du Nissan authentique.
  • Leaf : la vieille dame de la gamme, électrique depuis longtemps, mais dépassée en autonomie.
  • Ariya : le grand SUV électrique, 4,60 m.
  • Juke électrique : la troisième génération vient d’être dévoilée en avril 2026, ce sera le petit crossover branché.
  • Townstar Combi : l’utilitaire électrique, en fait un Kangoo E-Tech rebadgé.
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Entre la Leaf (4,35 m) et l’Ariya (4,60 m), il y a un trou : le Qashqai mesurait 4,45 m. Un segment très porteur en Belgique. Ce n’est pas ce que vous pensez — je vais être clair : le Juke ne remplacera pas le Qashqai. Le Juke est plus petit, plus cher pour ce qu’il offre, et surtout moins polyvalent. Beaucoup de clients belges viennent me voir en disant : « Karel, je veux un Qashqai, mais électrique. » Et je devrai leur répondre quoi ? « Attendez 2030, peut-être. »

Ne signez rien avant d’avoir vérifié ça : le passé des suppressions de modèles

Regardez ce qui est arrivé à Ford : ils ont supprimé la Fiesta et la Focus. Deux modèles qui faisaient vivre leurs concessions en Europe. Résultat ? Les ventes se sont effondrées, les réseaux se vident. C’est exactement la même erreur que Nissan est en train de faire. Le Qashqai est un modèle iconique. Sans version électrique, Nissan perd une opportunité énorme.

Un bon vendeur vous le dira : en 2026, le marché belge exige l’électrique dans les segments porteurs. Les indemnités kilométriques, la fiscalité avantageuse, tout pousse les sociétés et les particuliers à passer à l’électrique. Si Nissan n’a pas de réponse dans la catégorie des crossovers compacts, les clients iront chez Kia avec le Niro EV, chez Volvo avec l’EX30, ou chez Tesla avec le Model Y.

Les Chinois s’engouffrent dans la brèche

Ce n’est pas un hasard si BYD regarde les usines de Stellantis en France ou en Italie, si Xpeng discute avec Volkswagen, ou si Chery s’installe dans les usines abandonnées par Nissan. Les constructeurs chinois sont prêts à produire en Europe pour contourner les droits de douane et rassurer les consommateurs. Eux, ils ont les reins solides.

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Sur le terrain, c’est différent de ce qu’on lit dans les communiqués de presse : les Chinois produisent moins cher, innovent plus vite, et ils savent que le marché européen est une proie facile pour ceux qui fournissent des voitures correctes à des prix agressifs. Et attention, certains modèles chinois ne sont pas mauvais — j’en ai vu passer en atelier, la qualité est là.

Verdict : une grosse boulette stratégique

Voilà ce que font les gens et c’est faux : penser que supprimer un modèle pour faire des économies à court terme est une bonne idée. En réalité, Nissan risque de perdre un nom reconnu, une clientèle fidèle, et une place sur le marché le plus porteur en Belgique. Et à la place, ils offrent des usines aux Chinois sur un plateau.

À moins que Nissan ne parie sur autre chose ? Un Qashqai hybride rechargeable prolongé ? Peut-être. Mais les faits sont là : en juin 2026, le Qashqai électrique est mort-né. Repoussé à 2030, c’est une éternité dans l’automobile. Et d’ici là, les concurrents auront déjà mangé la part de gâteau.

Si vous avez un Qashqai d’occasion à vendre, ne vous pressez pas — les modèles thermiques gardent leur valeur. Mais pour ceux qui attendent le Qashqai électrique, je ne peux que dire : patience, ou regardez ailleurs. En 2026, le marché ne pardonne pas les constructeurs qui traînent les pieds.

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